Scandale Cambridge Analytica : Facebook a perdu plus de 70 Md$ de capitalisation

Néanmoins Zuckerberg refuse de répondre aux députés britanniques

Accusé de ne pas protéger suffisamment les données de ses utilisateurs et malgré de nouvelles excuses, Facebook se débattait toujours lundi dans le scandale Cambridge Analytica. Pour rappel, cette dernière a utilisé les données de plus de 50 millions de comptes Facebook à des fins de profilage stratégique et de manipulation dans des décisions politiques.

La vague était tellement forte qu’elle a obligé son fondateur Mark Zuckerberg à sortir de son silence pour faire une déclaration télévisée mais aussi écrite. « Nous avons la responsabilité de protéger vos données, et si nous ne le pouvons pas alors nous ne méritons pas de vous servir », avait-il dit la semaine dernière. C’est d’ailleurs ces mêmes termes que le patron de Facebook a utilisés ce weekend, comme titre d’une annonce, dans des journaux britanniques et américains, pour présenter ses excuses.

« Vous avez peut-être entendu parler d’une application de quiz construite par un chercheur universitaire qui a permis la fuite des données Facebook de millions de personnes en 2014, c’était un abus de confiance, et je regrette que nous n’ayons pas fait plus à ce moment », dit-il dans l’annonce affichée sur une page entière, avant d’insister sur le fait que des mesures sont prises que cela ne se reproduise plus.

Comme si cela ne suffisait pas, un autre scandale a frappé de plein fouet le numéro un des réseaux sociaux. Il a été découvert que la société a enregistré les métadonnées des appels téléphoniques et SMS des utilisateurs d’Android. Après avoir téléchargé ses archives Facebook, Dylan McKay, un utilisateur du réseau social a en effet été surpris de découvrir que près de deux ans de logs d’appels et SMS de son téléphone Android étaient inclus. D’autres utilisateurs ont confirmé que les informations sur leurs communications ont également été enregistrées. Les données enregistrées pour chaque appel incluent l’heure et la date à laquelle l’appel a été effectué, le type d’appel (entrant, sortant, manqué), le contact impliqué et la durée de l’appel.

La lente descente aux enfers

Il n’aura pas fallu attendre plus longtemps pour voir les actions de Facebook Inc en pâtir sérieusement, surtout que l’entreprise voit les enquêtes se multipliées de par et d’autre de l’Atlantique.

Le titre du réseau social a reculé de 6,77 % lors de la séance de lundi à 172,56 dollars, du jamais vu depuis mars 2014. Mardi la chute se poursuivait. Les actions sont toujours en baisse de 13% depuis le 16 mars, date à laquelle Facebook a reconnu pour la première fois que les données des utilisateurs avaient été mal acheminées vers Cambridge Analytica. La société a perdu plus de 70 milliards de dollars en valeur de marché depuis lors.


Diagramme du marché depuis le 13 mars 2018

La chute du titre a également eu un impact sur la fortune du fondateur de Facebook Mark Zuckerberg. Comme l’indique le Times, le PDG de Facebook, dont la richesse provient en grande partie de ses quelque 403 millions d’actions de Facebook (comme le regretté Steve Jobs il ne prend qu’un salaire symbolique de 1 dollar), a perdu 10 milliards de dollars la semaine dernière à la suite de la crise de Cambridge Analytica.

D’autres éléments indiquent que Facebook fait face à la plus grosse crise de son histoire. En effet, le quotidien Financial Post rapporte que près des trois quarts des utilisateurs canadiens de Facebook prévoient des changements à la façon dont ils l’utilisent. Rappelons qu’Elon Musk a également supprimé les pages Facebook de Tesla et SpaceX, auxquelles étaient abonnés des des millions de followers.

La société fait également face à un mécontentement croissant des annonceurs et des utilisateurs. Le détaillant américain de pièces automobiles Pep Boys a suspendu lundi toute publicité sur Facebook, rejoignant la société Internet Mozilla Corp et la deuxième plus grande banque allemande Commerzbank qui a fait un mouvement similaire la semaine dernière.

Les sondages d’opinion publiés dimanche aux Etats-Unis, au Canada et en Allemagne mettent en doute la confiance que les gens ont dans Facebook alors que l’entreprise multiplie les excuses dans les journaux britanniques et américains.

Zuckerberg attendu en Europe pour s’expliquer en personne

Rappelons que la Commission parlementaire britannique sur le numérique a réitéré mardi son souhait d’entendre Mark Zuckerberg « en personne », éventuellement par vidéoconférence.

Mark Zuckerberg a refusé de s’en charger lui-même : il comptait déléguer un de ses adjoints pour témoigner, a écrit la responsable de la politique publique de Facebook, Rebecca Stimson, au président de la Commission, Damian Collins.

C’est finalement le directeur technique de Facebook, Mike Schroepfer, ou alors le responsable produit, Chris Cox, qui se présentera devant les membres de la commission sur le numérique, la culture, les médias et le sport, a fait savoir le groupe californien. Le président de la commission a jugé « stupéfiante » la dérobade de Mark Zuckerberg et a insisté cet après-midi pour que celui-ci réponde en personne aux questions des députés, même par liaison vidéo, « compte tenu de la gravité des allégations formulées à propos de l’accès et de l’utilisation des données des utilisateurs de Facebook ».

A Bruxelles, la commissaire européenne en charge de la Justice, Vera Jourova, a donné deux semaines aux dirigeants du groupe américain pour répondre à une série de questions, notamment sur la manière dont Facebook applique les règles européennes sur la confidentialité des données.

Le 20 mars, le président du Parlement européen Antonio Tajani avait déjà invité le patron de Facebook à venir s’expliquer devant les eurodéputés. Vera Jourova demande également si des citoyens européens figurent parmi les utilisateurs dont les données personnelles ont fuité.

Rebecca Stimson a partiellement répondu à cette question. Elle précise que près de « 1% des téléchargements » de l’application qui a permis la fuite de donnée de Facebook vers Cambridge Analytica ont été réalisés « par des utilisateurs au sein de l’Union européenne, dont certains au Royaume-Uni ».

Auteur : Stéphane le calme

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