Loot box : une source de revenus attrayante pour les développeurs de jeux freemium

Son interdiction pourrait-elle menacer l’essor de ce marché ?

Parmi les cadeaux les plus insidieux que les jeux vidéo ont donnés à la culture moderne sont la boîte à butin. Une boîte de butin est comme un billet de loterie en jeu : pour un coût modeste, impliquant de l’argent réel, un joueur peut acheter un assortiment d’objets qui promettent d’améliorer l’expérience de jeu. Dans Overwatch, un paquet de cinq boîtes de butin (4,99 $) pourrait vous donner une peau légendaire qui fait de votre personnage de Hanzo un personnage de Kabuki. Dans fifa 18, un Premium Gold Pack (7,50 $) pourrait vous apporter Messi et quelques contrats de joueurs précieux pour votre Ultimate Team. L’accent est mis sur la puissance : vous pourriez avoir Messi, mais plus probablement vous aurez un joueur de banc d’une équipe italienne de Serie A dont personne ne voudra quand vous essayez de l’échanger. Les chances réelles de gagner une skin Overwatch légendaire sont entre un sur onze et un sur treize.

Précisons que la loot box est un système qui permet à un joueur d’acheter un ou plusieurs coffrets virtuels dont il ignore manifestement le contenu. Il sait juste que ces coffrets renferment des objets qui pourraient, dans une certaine mesure, contribuer à améliorer son expérience de jeu. Les objets en question peuvent être des récompenses rares ou banales. Le joueur qui utilise ce système espère gagner des items rares qui sont en général plus difficiles à obtenir en jouant de façon classique. Le problème est qu’il faut habituellement acheter un grand nombre de ces « coffrets trésor » pour avoir la chance de tomber sur un item rare.

Le joueur pourrait avoir l’impression de s’adonner à un jeu de hasard espérant à chaque essai gagner le « Saint Graal » comme avec un ticket loto, alors qu’en réalité le système serait programmé pour ne lâcher des items rares, ceux qui sont vraiment utiles, qu’après un certain nombre de tentatives infructueuses. En outre, les jeux faisant usage des loot box exploiteraient une « ambiance casino » intégrant des éléments pouvant induire l’addiction chez les joueurs.

Les effets pervers d’un tel système sur les finances des parents, très souvent pris au dépourvu, et la santé mentale des joueurs de très jeune âge n’auraient, en général, rien de réjouissant. Les joueurs sont obligés de payer pour avoir une meilleure expérience de jeu, alors que les parents découvrent, parfois trop tard, que des dizaines, voire plusieurs centaines d’euros, ont été débitées de leurs cartes de crédit par leurs enfants pour s’offrir des loot box dans un jeu. Par ailleurs, il y a probablement très peu de parents qui ne s’inquiètent pas du fait que les jeux vidéo sapent la motivation de leurs enfants à s’engager dans des activités plus créatives, intellectuelles ou physiques.

Les loot box sont une source de revenus attrayante pour les développeurs de jeux, et elles ont joué un rôle essentiel dans l’essor des jeux « freemium », très répandus sur les smartphones et tablettes. Ces jeux ont la particularité d’être téléchargeables gratuitement, mais ne peuvent être joués dans leur intégralité que si le joueur effectue des achats in-app pour, par exemple, débloquer des niveaux ou des modes supplémentaires.

Percevant la réaction de l’opinion publique, les développeurs de jeux consciencieux ont commencé à supprimer les loot box dans certains de leurs titres. Mais beaucoup reste encore à faire, étant donné que ce système existe depuis des années et qu’il est très répandu dans l’univers du jeu vidéo. Il faudra peut-être remodeler ce système afin qu’il devienne moins dangereux ou en trouver un nouveau qui satisfasse toutes les parties (développeurs, parents et joueurs). D’ici là, les développeurs de jeux et le marché spécifiques des jeux freemium pourraient être les premières victimes de ce revirement de l’industrie.

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