Le niveau de confiance des utilisateurs envers Facebook a drastiquement baissé

Malgré le mea-culpa de Zuckerberg au parlement américain

Depuis l’éclatement du scandale Cambridge Analytica, Facebook est entré dans une course avec le temps afin de mitiger les dégâts. Mark Zuckerberg est passé devant le parlement américain afin de s’expliquer, le réseau social s’est aussi retiré de la campagne qui s’oppose au Consumer Privacy Act de Californie, qui veut restreindre la vente des données de l’utilisateur. Mais le mal est déjà fait, Facebook fait face au pire des scandales depuis sa création en 2004. S’il est difficile de savoir quel impact a eu ce scandale sur le nombre d’utilisateurs, les enquêtes sont toutefois d’accord qu’il y a eu une perte de crédibilité croissante envers le réseau social.

Une dernière étude en date révèle que la confiance des utilisateurs envers Facebook a baissé de 66 % après les révélations liées au scandale Cambridge Analytica, et le passage de Mark Zuckerberg au Sénat américain n’a rien changé de cette situation.

Sur les 3000 participants au sondage mené après l’audition du patron de Facebook, seuls 28 % des participants estiment que Facebook s’engage réellement à protéger leur confidentialité contre 79 % l’année dernière, une chute vertigineuse donc du niveau de confiance des utilisateurs.

Larry Ponemon, président de la Ponemon Institute qui a mené le sondage, s’est dit particulièrement choqué par les répercussions négatives de ce scandale sur Facebook. Certes il s’attendait à une baisse du niveau de confiance, mais pas à ce point.

Il faut savoir que depuis des années, le niveau de confiance des utilisateurs a été en quelque sorte stable, affichant même une légère amélioration d’année en année. De 2011 à 2017, le niveau de confiance est passé de 67 % à 79 %. Mais juste une semaine après la révélation de la fuite de données, ce chiffre est passé à 29 % puis 28 % après le passage de Mark Zuckerberg au Capitol Hill.

« Nous avons trouvé que les gens tiennent profondément à leur confidentialité et quand il y a une fuite massive de données, comme c’est le cas pour Facebook, les gens vont exprimer leur inquiétude. Et quelques personnes vont en réalité protester avec leurs pieds et partiront ailleurs, » a dit Ponemon.

D’autres chiffres clés

Les utilisateurs de réseaux sociaux commencent à se rendre compte que leurs informations sont collectées et revendues, c’est le modèle économique que suit Facebook. C’est ce qui pourrait expliquer cette baisse du niveau de confiance des utilisateurs.

« C’est essentiellement une question d’économie, » a écrit l’un des participants au sondage de Ponemon. « Facebook ne perçoit aucune valeur dans la protection de la confidentialité des utilisateurs. »

« C’est ridicule de croire que Facebook ou tout autre réseau social protégerait ma confidentialité, » a dit un autre participant.

La majorité des participants ont exprimé leur volonté de voir Facebook les informer comment il gère leurs données. Le sondage a révélé que 67 % des sondés croient que Facebook a une obligation de protéger leurs données personnelles et les informer si elles sont perdues ou dérobées. 66 % des participants pensent aussi que Facebook doit les compenser en cas de fuite de données.

Les utilisateurs de Facebook ont également exprimé leur désir d’avoir plus de contrôle sur leurs données : 67 % disent avoir le droit de ne pas être traqué par Facebook, et 67 % veulent que la société révèle comment elle exploite les données personnelles collectées.

Mais qu’en est-il de l’usage de Facebook ? 9 % des sondés ont déclaré avoir cessé d’utiliser Facebook et 31 % envisagent de le faire. Vont-ils vraiment quitter le réseau social ? Non selon Robert Blattberg, professeur de marketing à l’université de Carnegie Mellon.

« Juste parce que les gens disent qu’ils sont préoccupés par leur confidentialité ne veut pas nécessairement dire que cela va affecter leur comportement, » a dit Blattberg. « Si vous regardez ce genre d’événements, les gens sont troublés, mais leur comportement ne change pas beaucoup. »

Facebook a pris une part importante de la vie des gens, à tel point que certains utilisateurs sont prêts à allouer une seconde chance au réseau social. Et on ne peut pas dire qu’ils ont vraiment le choix, certes ils peuvent migrer vers une autre plateforme comme Instagram, mais l’application est contrôlée aussi par Facebook. Ou bien un autre réseau social, mais il y a une forte chance que leurs règles de confidentialité soient les mêmes que celles de Facebook, a écrit l’un des participants.

Malgré cette réalité, une baisse minime de 3 % ou 4 % du nombre d’utilisateurs de Facebook pourrait avoir un impact significatif sur la rentabilité du réseau social, a dit Blattberg.

Mais que faut-il faire pour se remettre de cette situation ? Si Zuckerberg a informé les législateurs américains qu’il est ouvert aux régulations, Blattberg estime que la législation constitue désormais le plus grand risque qu’encourt Facebook après le fiasco de Cambridge Analytica. Si le réseau social est forcé à laisser aux utilisateurs le choix de donner la permission à la collecte de leurs données, cela pourrait perturber tout le modèle économique de la société, et les effets d’une telle régulation se feront sentir au niveau de tous les sites web et services qui ont adopté le même modèle économique.

Pour les participants du sondage mené par Ponemon, 54 % estiment que de nouvelles règles doivent être introduites pour protéger la confidentialité sur internet.

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