L’IoT est un danger pour la vie privée

Une technologie à risque accordant peu de place aux logiciels libres, d’après Richard Stallman

Le citoyen américain Richard Matthew Stallman, président de la Free Software Foundation (FSF) et pionnier du GNU, est un fervent partisan du logiciel libre et des valeurs qui s’y rattachent. C’est aussi un critique acerbe, à la limite extrémiste, de l’industrie technologique profitant de chaque occasion qui lui est offerte pour donner son point de vue sur les nouveautés, les tendances et les autres faits marquants qui s’y rapportent.

Stallman s’est fait remarquer à de nombreuses reprises à cause de son franc-parler et de ses prises de position « radicales » sur des sujets concernant par exemple l’efficacité du RGPD, les raisons qui devraient pousser le public à éviter d’utiliser les services proposés par Google ou encore la nouvelle politique de Microsoft à l’égard des distributions Linux.

En 2016 déjà, bien avant les révélations ayant débouché sur le scandale de Cambridge Analityca qui a récemment secoué l’industrie d’Internet, Stallman avait tiré la sonnette d’alarme en évoquant les menaces qui planent sur la vie privée des internautes à cause des pratiques instituées par les sociétés comme Facebook. Soulignons au passage qu’au lendemain de ce scandale, le lanceur d’alerte Edward Snowden a déclaré que Facebook s’apparente plus à une entreprise de surveillance qui se fait passer pour un réseau social.

L’interview récente accordée à Richard Stallman par le média TFIR et son fondateur Swapnil Bhartiya a permis au créateur d’Ubuntu de faire savoir à la communauté tout le mal qu’il pensait des objets connectés (IoT) et des technologies qui sous-tendent leur fonctionnement. Elle intervient au moment où l’attention des différents acteurs de l’industrie technologique semble inexorablement se porter vers les technologies telles que la Blockchain, l’intelligence artificielle ou l’apprentissage profond qui sont pour la plupart tributaires d’opérations liées à la collecte massive des données.

Les éléments mis en avant par Stallman pour justifier son animosité vis-à-vis des objets connectés ont un lien direct avec les notions fondamentales de respect de la vie privée et de protection des données des utilisateurs. Stallman déplore le fait que le marché de l’IoT est en grande partie contrôlé par des acteurs qui privilégient l’usage de logiciels propriétaires au détriment des logiciels libres, alors que seuls le développement et l’adoption de logiciels libres à plus grande échelle permettraient de garantir une meilleure protection des données et de la vie privée des utilisateurs d’objets connectés.

D’après lui, encourager cette tendance « injuste » contribue à la vulgarisation de mouchards et de logiciels propriétaires potentiellement malveillants. Il estime que, dans l’état actuel des choses, ce type d’appareil se prêterait mieux à un usage industriel ou en entreprise et que leur adoption par le grand public ne ferait que renforcer la surveillance illégale et les abus (l’exploitation illégale des données collectées notamment) dont seraient régulièrement victimes les utilisateurs. Un clin d’œil au scandale de Cambridge Analytica ?

Pour le créateur d’Ubuntu, il serait temps que le consommateur apprenne à dire non à certaines pratiques inappropriées qui ont cours dans l’industrie technologique et d’interdire aux entreprises l’accès ou la collecte de certaines données de l’utilisateur à moins que ces opérations ne soient nécessaires et en rapport direct avec les activités ou les services qu’elles proposent.

Mais peut-on en conclure que logiciel propriétaire rime forcément avec opacité du code source et augmentation des risques pour l’utilisateur et qu’à l’inverse le caractère libre d’un logiciel est suffisant pour établir qu’il s’agit de la meilleure solution pour l’utilisateur ?

L’approche de Stallman semble correspondre au cadre singulier de projets éthiques qui ciblent davantage les communautés de passionnés. Elle ne prend pas forcément en compte les spécificités des marchés concurrentiels ciblant l’ensemble des consommateurs et où il est souvent nécessaire de mettre en place des logiciels propriétaires pour assurer la compétitivité et la rentabilité d’une affaire sur le court et le long terme, sachant qu’une entreprise 100 % ouverte et éthique s’expose au plagiat délibéré de la part de la concurrence. L’IoT est actuellement une technologie en pleine effervescence et son potentiel est indéniable. En fonction des tendances du marché, cette technologie pourrait favoriser la démocratisation des logiciels libres ou à l’inverse être induire l’adoption à plus grande échelle de logiciels propriétaires.

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