Jouer à des jeux vidéo violents de façon quotidienne n’entraîne aucun changement de comportement

Conclut une nouvelle étude

Au début de ce mois, Donald Trump a profité de sa réunion avec quelques représentants de l’industrie des jeux vidéo pour défendre le lien présumé entre jeux vidéo et déferlement de violence dans le milieu scolaire. Pour ce faire, La Maison-Blanche a convié des critiques les plus virulents de l’industrie, toutefois, aucun chercheur ayant étudié l’effet de la violence des jeux vidéo sur les joueurs, jeunes et plus âgés, n’a été invité.

Les études traitant cette question ne manquent pas, et pour la plupart, elles montrent qu’il n’existe aucune corrélation entre violence et jeux vidéo. C’est le constat que partage une nouvelle étude publiée par l’Institut Max Planck pour le Développement Humain et la Clinique Universitaire Hamburg-Eppendorf en Allemagne. Cette étude publiée dans Molecular Psychiatry n’a trouvé aucun lien entre le fait de jouer des jeux vidéo et le changement de comportements chez des adultes, et ce après deux mois consécutifs de jeux vidéo violents joués chaque jour.

Ce que cette étude a apporté de nouveau, c’est qu’elle a étudié l’effet des jeux vidéo à long terme. En effet, la chercheuse Simone Kuhn et ses coauteurs soutiennent l’idée que les effets observés quelques minutes seulement après des sessions de jeux vidéo ne représentent pas ce que la société cherche à savoir, notamment comment un jeu vidéo violent affecte-t-il le comportement sur le long terme ?

Auparavant, dans la plupart des études, les chercheurs ont toujours considéré qu’il faut impérativement mener les tests sur les participants quelques minutes seulement après chaque session de jeu, du fait qu’ils sont toujours sous l’effet de l’adrénaline des jeux.

Dans cette étude, 90 participants adultes ont joué soit à Grand Theft Auto V ou Les Sims 3 pendant au moins 30 minutes chaque jour durant huit semaines. Un autre groupe de contrôle n’a joué à aucun jeu durant toute la période de test. Les participants dont l’âge varie de 18 à 45 ans n’avaient joué à aucun jeu vidéo durant les six mois qui ont précédé l’étude et ne présentaient aucun problème psychologique avant les tests.

Comme pour les autres études, les chercheurs ont cherché à tester l’hypothèse d’amorçage (priming theory en anglais), pour ce faire, ils ont établi 52 questionnaires destinés à mesurer entre autres l’agressivité, les attitudes sexistes, l’empathie, les aptitudes interpersonnelles et la santé mentale (dépression, anxiété). Pour corriger les effets d’amorçage dans les autres études, les tests ont été administrés dans deux étapes, la première immédiatement avant et après chaque session de jeu, et la deuxième immédiatement après deux mois de jeux vidéo pour mesurer les effets potentiels à long terme.

Et le résultat de l’étude : aucun effet n’a été observé, que ça soit chez le groupe qui a joué au jeu violent, le groupe qui a joué au jeu non violent ou le groupe de contrôle. Également, aucun effet n’a été observé dans les tests de base et les post-tests administrés directement après la session de jeu ou les tests de suivi administrés deux mois après la période de jeu vidéo.

Sur 208 comparaisons séparées, seulement trois participants ont montré un effet statistiquement significatif du jeu violent à un niveau de confiance de 95 %. Par ailleurs, il fallait à 10 comparaisons similaires sur 208 pour que ce résultat soit pris en compte au niveau de l’étude, de ce fait, les chercheurs ont conclu que « les résultats fournissent une preuve solide » contre les effets supposés des jeux vidéo violents sur les adultes. Ils estiment également que cette étude va « aider à communiquer une perspective scientifique plus réaliste sur les effets des jeux vidéo violents. »

Alors queles jeux vidéo sont une fois de plus pointés du doigt pour leur rôle présumé dans la propagation de violence et la réduction de comportements prosociaux, cette étude est la première qui a cherché à déterminer les effets sur le long terme des jeux vidéo violents en ayant recours à une batterie de tests. Elle a également pu déterminer que le fait de jouer n’a aucun effet positif sur des aptitudes de « contrôle de tâches », comme la multitâche, un effet pourtant acclamé par les adeptes des jeux vidéo.

Il faut aussi noter que cette étude ne concerne que des adultes et n’a pas montré l’absence d’effets sur les enfants, d’autres études devront donc être réalisées pour clarifier ce point.

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