Facebook frôle un énième scandale dans le sillage de l’affaire Cambridge Analytica

A cause du mémo controversé de l’un de ses vice-présidents

Le scandale Cambridge Analytica qui secoue actuellement l’industrie d’Internet porte sérieusement atteinte à la réputation de Facebook et de ses dirigeants. Mais comme si cela ne suffisait pas déjà, de nouveaux éléments accablants tendraient à prouver que le géant des réseaux sociaux ne serait en réalité qu’une entreprise focalisée sur la seule recherche du profit, même si cela doit se faire aux dépens de ses utilisateurs.

Tout serait parti d’un mémo interne intitulé « The Ugly » qui a récemment été rendu public. Celui-ci a été rédigé en 2016 par Andrew Bosworth, un cadre dirigeant travaillant chez Facebook depuis 2006, peu de temps après qu’un homme avait été assassiné à Chicago pendant qu’il diffusait une vidéo en direct sur Facebook. Actuellement vice-président responsable des projets de réalité virtuelle et de réalité augmentée, Bosworth a précédemment occupé le poste de vice-président de la division publicité du groupe.

Dans son mémo, Bosworth a évoqué la « cruelle vérité » derrière le fonctionnement de Facebook et tenté d’expliquer pourquoi la croissance du groupe devait rester la préoccupation première de ses employés même si le produit qu’ils développent peut s’avérer dangereux pour le consommateur finalement. Bosworth estimait que, sans une stratégie basée sur la croissance à tout prix, Facebook n’aurait pas pu devenir l’entreprise leader des réseaux sociaux qu’elle est aujourd’hui, et ce, malgré ses « excellents produits. » :

« La cruelle vérité, c’est que nous croyons en l’importance de connecter les gens si profondément que tout ce qui nous permet de connecter des gens plus souvent est de facto bon […] Nous ne le faisons pas pour nous-mêmes ou pour le cours de notre action. C’est juste notre travail. Nous connectons les gens, un point c’est tout. »

« C’est pourquoi tout le travail que nous faisons pour améliorer la croissance est justifié. Toutes les pratiques douteuses d’importation de contacts. Toutes les subtilités qui aident les gens à rester accessibles à leurs amis. Tout le travail que nous faisons pour apporter plus de communication. Le travail que nous aurons probablement à faire en Chine un jour ou l’autre. Tout cela. »

Bosworth a réagi sur Twitter en indiquant que son mémo a été rédigé à l’origine pour motiver ses troupes dans un contexte particulier. Il a aussi tenu à préciser que le débat qui s’en est suivi en interne aurait permis de mieux adapter les outils développés par son entreprise.

« Je ne suis pas d’accord avec ce mémo aujourd’hui et je n’étais déjà pas d’accord avec, même quand je l’ai écrit. Le but de ce message, comme beaucoup d’autres que j’ai écrits en interne, était de faire remonter à la surface des questions qui, selon moi, méritaient davantage de discussions avec l’ensemble de l’entreprise. Débattre sur de tels sujets sensibles est une part essentielle de nos processus, » a confié l’auteur du mémo.

Suite à cette révélation, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a tenté de calmer les esprits en rappelant que Bosworth est un « dirigeant talentueux qui dit beaucoup de choses pour provoquer », avant d’ajouter : « la majorité des gens chez Facebook, incluant moi-même, sommes profondément en désaccord avec ce mémo. »

« Nous n’avons jamais cru que la fin justifie les moyens, insiste Mark Zuckerberg. Nous reconnaissons que de connecter les gens entre eux n’est pas suffisant. Il faut aussi travailler pour que les gens se rapprochent. On a complètement transformé notre mission et notre vision d’entreprise l’an dernier pour refléter cela. »

Accusée de ne pas protéger suffisamment les données de ses utilisateurs et d’être instrumentalisée par des entités liées à des gouvernements souhaitant manipuler l’opinion publique dans d’autres pays, l’entreprise de Mark Zuckerberg est probablement en train de traverser l’une des périodes les plus tumultueuses depuis sa création en 2004. Le scandale de Cambridge Analytica qui l’éclabousse en ce moment alimente une tempête médiatique et une campagne de boycottage anti-Facebook sans précédent. L’entreprise est aussi régulièrement pointée du doigt dans des affaires liées à la diffusion de fausses nouvelles et de contenus discriminatoires sur Internet.

À titre de rappel, le scandale Cambridge Analytica a ceci de particulier qu’il implique au moins quatre acteurs clés : un informaticien russe, une société spécialisée dans la communication stratégique et l’analyse de données, le géant des réseaux sociaux Facebook et des politiciens. Dans cette affaire, une masse de données collectées qui devaient à l’origine servir à une recherche universitaire a, semble-t-il, été détournée à des fins de profilage stratégique et pour alimenter une « arme de déstabilisation politique ». Il est question ici de données appartenant à plus de 50 millions de comptes Facebook rien qu’aux États-Unis. Cette « arme » aurait notamment été utilisée pour favoriser l’ascension de Donald Trump à la magistrature suprême des États-Unis et influencer le vote du Brexit.

Suite à ces révélations, plusieurs personnalités ont appelé les utilisateurs de Facebook à supprimer leur compte et déserter la plateforme, notamment Brian Acton, l’un des fondateurs de Whatsapp, l’application de messagerie rachetée par Facebook. Pour Edward Snowden, Facebook est plus qu’un réseau social, c’est une véritable société de surveillance. Mark Zuckerberg a décidé de briser son silence concernant la collecte illicite de données. Le PDG a reconnu avoir commis des erreurs et a annoncé de nouvelles mesures pour éviter d’autres abus.

Mais alors que le PDG du géant des réseaux sociaux tente tant bien que mal de limiter les dégâts, la campagne #DeleteFacebook bat son plein sur les autres plateformes, notamment sur Twitter où le hashtag est apparu plus de 10 000 fois hier en l’espace de deux heures seulement, selon le service d’analytics ExportTweet.

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