Cambridge Analytica français : François Fillon accusé de ciblage électoral

Portant sur 2,5 millions de personnes, the Optin Machine mise en cause

Alors qu’aux États-Unis, le scandale de Cambridge Analytica faisant état d’utilisation de données privées à des fins politiques fait rage, François Fillon est cité depuis ce 23 avril dans une affaire similaire dans l’Hexagone. Les faits remonteraient au mois d’avril 2017, lors de la campagne présidentielle. Le candidat natif du Mans aurait, pour les besoins de sa campagne, envoyé des emails ciblés à plus 2,5 millions de lecteurs de grands médias français sans que ces derniers l’aient sollicité. Il s’agirait de lecteurs des médias suivant « l’Obs », « Le Figaro », « Les Echos » et « La Croix », d’après un article publié par La Letre A. D’après l’article en question, Fillon, sur la base d’un profilage, a pu valoriser des points précis de son programme. D’après La Lettre A, 750 000 personnes inscrites à la newsletter du Figaro Santé et de Top Santé ont reçu ses propositions dans le domaine de la santé.

À l’image du scandale qui éclabousse Facebook, une startup est mise en cause dans cette affaire. Pour un coût total de 57 600 euros TTC, ces millions d’adresses ont été obtenues auprès de « The Optin Machine », filiale de la PME Arthur Media Group, qui les a catégorisées selon des préférences de thématiques, souligne l’article. Les médias cités dans l’affaire ont publié un démenti commun dans lequel ils se défendent d’avoir vendu les données de leurs abonnés. Dans ce communiqué commun publié le 24 avril, ils démentent catégoriquement toute vente ou location de données. « Ni La Croix, ni le Figaro, ni le groupe Les Echos, ni 20 minutes n’ont jamais loué leurs adresses ni à la société The Optin Machine, ni à Arthur Média Group dans le cadre de la campagne présidentielle 2017 », déclarent-ils dans leur communiqué.

Cette affirmation est confirmée par la startup française qui soutient qu’il n’y a pas eu de transaction entre le média et l’annonceur « pour la raison très simple que les adresses de messagerie appartiennent aux réseaux qui génèrent le trafic pour les médias ou les e-commerçants », d’après Julien Level, directeur des activités d’Arthur Media Group et responsable de The Optin Machine. Les adresses email auraient été obtenues par le biais d’éditeurs qui en tant que gestionnaires de newsletters disposent d’une large base de données d’utilisateurs. Le profilage aurait été par la suite réalisé grâce au mécanisme des cookies. « On place un “cookie” sur un site et, dès que l’internaute l’accepte, on enregistre ses données de navigation. Ensuite, on fait remonter le “cookie” avec éventuellement une adresse email et on regarde si ça matche avec les fichiers d’Optin » précise Julien Floquet, fondateur de Pixl Network, une entreprise de marketing numérique. Selon lui, il n’y a pas un autre moyen d’envoyer des mails ciblés à un utilisateur. Il faut noter que parmi les éditeurs cités dans cette affaire, il y a l’agence Welcoming, filiale d’Arthur Media Group ; et que par ailleurs Cloud Media, une autre filiale d’Arthur Media Group, est spécialisée dans l’utilisation publicitaire de ces « cookies ».

En raison de l’ampleur de ce scandale, la CNIL pourrait s’autosaisir. Une juriste du service des sanctions et du contentieux affirme que : « la difficulté, c’est qu’un internaute qui accepte de recevoir des offres de “partenaires” n’envisage pas forcément de recevoir des emails à des fins politiques. Or l’information doit être claire pour que le consentement soit explicite ». Ce qui pose le débat de la légalité de ces actions. La startup assure que ses fichiers ont été loués conformément aux règles de la CNIL. Ces faits surviennent alors qu’au niveau européen, un durcissement des règles de traitement des données personnelles se profile à travers le Règlement général sur la protection des données (RGPD).

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